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Archie Shepp
© R. Cifarelli

Archie Shepp : Du blues au hip-hop

Toute la carrière du saxophoniste américain, militant de la cause noire, héros du free jazz résumée en huit mots-clés.

1. Free jazz

Archie Shepp compte parmi ceux qui, au début des sixties, ont remis en question les hiérarchies établies de la musique et pris part à ce mouvement qui, sous le nom de « free jazz » ou de « new thing », appelait à imaginer d’autres façons d’envisager la musique. Collaborant avec le pianiste Cecil Taylor ou le trompettiste Bill Dixon, le jeune homme en colère trouva dans cette approche qui s’affranchissait des paramètres traditionnels et s’érigeait en esthétique du cri un écho à sa propre rage, dans le contexte social tendu de la lutte pour les droits civiques. « Malcolm, Malcolm, Semper Malcolm » titrait l’un des morceaux de l’album Fire Music en 1965, en écho au Fire Next Time de James Baldwin dont il fut un fervent lecteur.

2. John Coltrane

Shepp en parle comme de son « mentor ». Les deux musiciens avaient en commun d’avoir grandi dans la même ville, Philadelphie. Non seulement Coltrane permit à Shepp de décrocher un contrat sur le label Impulse (il lui dédia en retour son premier album pour le label orange et noir, Four for Trane), mais il fit aussi de son jeune confrère un partenaire musical, l’invitant à prendre part au métaphorique Ascension en 1965, ou encore à une seconde version du chef-d’œuvre mystique A Love Supreme, en sextet, malheureusement laissée inachevée. Shepp lui a rendu hommage l’an dernier à Jazz à la Villette.

Jazz à la Villette - Archie Shepp All Star "Tribute to John Coltrane"

3. Impulse

Entre 1964 à 1972, le saxophoniste a signé pour le label de Bob Thiele une série d’albums brûlants qui comptent parmi les opus les plus engagés du jazz des sixties. À la tête de formations plus ou moins étoffées, il y décline les fondements de son esthétique personnelle, qui puise à la fois dans l’hyper-expressivité du free jazz, dans l’énergie funky du hard bop, dans les standards et la tradition ellingtonienne. Le jazz y est envisagé comme la musique de toute une communauté, puisant ses références dans la culture populaire afro-américaine, célébrant ses héros, fameux ou anonymes.

4. Attica

En 1971, le gouverneur Nelson Rockefeller réprime dans le sang la mutinerie de la prison d’Attica, dans l’État de New York, en réponse aux revendications de plusieurs centaines de détenus afro-américains dénonçant le racisme de l’institution pénitentiaire. Un an plus tard, Shepp publie Attica Blues, un ambitieux oratorio pour big band, cordes et chœur d’enfants qui dénonce le scandale politique et célèbre la mémoire des victimes. Une œuvre militante, dont le saxophoniste a ranimé l’esprit à Jazz à la Villette en 2012, quatre décennies après sa création.

Jazz à la Villette - Archie Shepp Attica Blues Big Band

5. Afrique

Alger, 1969. Archie Shepp est l’un des artistes invités du Festival Panafricain qui se déroule dans la capitale algérienne. Symbole d’une Afrique émancipée de la domination européenne et des proximités entre le militantisme afro-américain et les luttes de la décolonisation, ce voyage est l’occasion pour le saxophoniste de poser enfin le pied sur le continent originel. Il y jamme avec des musiciens traditionnels gnawas, avant même que le concept de world music ne soit forgé.

6. Racines

« I consider myself a folk musician », affirmait Shepp en 1966, en préface à son disque Mama Too Tight. Un musicien populaire, un musicien en prise avec les siens, viscéralement attaché au blues, qu’il aime jouer et chanter à pleins poumons. De même, le gospel fait partie intégrante de son univers, comme l’illustra l’album Goin’ Home en duo avec Horace Parlan enregistré en 1977, en forme de remontée aux sources de l’âme afro-américaine. Il sera au cœur de sa nouvelle création, « Art Songs & Spirituals », avec Amina Claudine Myers à la Villette.

Archie Shepp Quartet - You Gotta Call Him

7. Duo

Depuis Goin’ Home cosigné avec Horace Parlan, les duos avec un pianiste jalonnent la discographie d’Archie Shepp. Comme si, le temps passant, dans l’intimité de ce type de face-à-face, le lyrisme du saxophoniste trouvait à se décanter après la rage. En quête d’Afrique avec Abdullah Ibrahim ou Tchangodei ; sur les standards avec Mal Waldron ; sur ses propres classiques avec Siegfried Kessler ou dans l’improvisation avec Joachim Kühn… Quel que soit le contexte, Duke Ellington n’est jamais loin. Jason Moran, avec qui Shepp ouvrira son concert du 12 septembre au festival Jazz à la Villette 2017, n’en ignore rien.

8. Hip-Hop

Comment le musicien engagé qu’a toujours été Archie Shepp aurait-il pu rester sourd à la rumeur de la rue et aux sons du hip-hop ? De ses collaborations avec le rappeur Rocé à sa rencontre avec Chuck D de Public Enemy, de son propre Phat Jam qui met en exergue le verbe de Napoleon Maddox jusqu’à sa récente apparition avec Nekfeu, le saxophoniste a noué de nombreuses relations avec ceux qui, dans leurs textes, continuent de prophétiser la « Révolution » des consciences qu’il appelle lui-même de ses vœux depuis plus d’un demi-siècle.

Archie Shepp au micro d'Alex Dutilh - Radio Vinyle épisode 01

Vincent Bessières

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