Anne Sanogo & Frank Piquard © Maxime Guthfreund

L’édition 2026 présentée par ses programmateurs

interview vidéo

Projets de grande envergure, célébrations de légendes du jazz, rencontres et collaborations inédites, part belle à la nouvelle scène jazz Outre-Manche… Anne Sanogo et Frank Piquard, les deux programmateurs de Jazz à la Villette, détaillent la programmation de l’édition 2026 du festival.

Jazz à la Villette 2026, séquence introduction, Anne Sanogo. Moteur. Ça tourne !

Rendez-vous à Jazz à la Villette du 28 août au 6 septembre pour une nouvelle édition du festival qui fait la part belle à la vitalité de la scène jazz actuelle. Le festival ouvrira le 28 août à la Grande Halle avec, pour deux soirées, une formation exceptionnelle qui réunit Snarky Puppy et le Metropole Orkest.
Effectif : autour de 60 musiciens sur scène. Snarky Puppy est une formation qui développe une musique de fusion, de jazz fusion, un peu empreinte de gospel. L’effectif étant à géométrie variable, différentes couleurs sont toujours intégrées. C’est une musique instrumentale très puissante, très groove. Ils avaient déjà travaillé avec le Metropole Orkest, une formation néerlandaise un peu dédiée à la pop et aux projets crossover de très grande qualité avec notamment des grosses sections de cordes et bien sûr, de batterie, claviers... Des instruments contemporains. Comme on les accueille pour deux soirées, on a essayé de proposer des premières parties qui détonnent un peu, dans ce contexte-là. 
Un trio de percussions ougandais qui est littéralement abrasif, en terme d’énergie. Cette petite formation contraste avec cet énorme orchestre. Et le lendemain, le 29, Dolphin Hyperspace, un duo basse et saxophone, un peu dans l’esprit de la musique de Louis Cole, quelque chose de très jazz, funk. 
Ce week-end d’ouverture se poursuit le 30 août avec la formation britannique GoGo Penguin qui existe depuis une quinzaine d’années. C’est une soirée un peu placée sous le signe des rencontres entre le jazz et les musiques électroniques à des niveaux tout à fait différents. GoGo Penguin reste une formation acoustique. Les rythmes sont très déstructurés comme dans la musique électronique. C’est là où se limite le rapport aux musiques électroniques : il y a des basses très puissantes, des mélodies. Et le projet de Gautier Toux, qui, lui, est plutôt clairement ancré dans la techno, house, même s’il lorgne vers l’ambient. Mais c’est une musique très électronique. Ça, ce sera dans la grande salle de la Philharmonie de Paris. 
Le jazz, c’est aussi une musique de célébration et de transmission, et cette année, on célébrera le musicien Gil Scott-Heron, poète, apôtre du spoken word américain, avec une soirée où son collaborateur de longue date, Brian Jackson, lui rendra hommage pour un concert inédit en France où il invitera le rappeur et musicien Mos Def (Yasiin Bey), à revisiter les titres emblématiques qu’ils ont composés ensemble. Ce sera en Grande Halle de la Villette et en ouverture, c’est un autre groupe mythique de la scène funk des années 70 qui rejoindra le plateau. Il s’agit de Cymande, formation d’une dizaine de musiciens qui fusionnent le funk, les musiques caribéennes et la soul. 
Autre célébration, celle de la bassiste Emma-Jean Thackray qui rend hommage à Miles Davis pour le centenaire de sa naissance, qui a lieu cette année en 2026. Elle nous livrera un hommage et une revisite du répertoire de Miles Davis à sa façon. Ce sera en quartet, à la Cité de la musique, le 3 septembre. En première partie de soirée, on retrouvera un groupe, une découverte : Nova Fellowship. C’est un tout nouveau groupe, emmené par Hermon Mehari à la trompette et Tony Tixier au piano, et qui rend hommage à la collaboration discrète, mais sur 4 albums quand même, entre le musicien de musique électronique Four Tet, Kieran Ebden, qui a enregistré 4 albums avec le batteur Steve Reid, qui a été collaborateur de Miles Davis, d’Ornette Coleman... Nova Fellowship explorera la richesse et la diversité du répertoire que les deux artistes ont composé ensemble. L’esprit de ce projet Nova Fellowship tourne autour des rencontres et des collaborations, qui sont très importantes dans le festival, qu’on a tenu particulièrement à présenter cette année.
La première, c’est le projet The Getdown, qui sera le 30 août à la Cité de la musique, qui est un projet à géométrie variable, porté par Laurent Coulondre, organiste, et Arnaud Dolmen, batteur, originaire de la Guadeloupe. Et en gros, The Getdown, c’est cette idée de faire la fête. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils composent un groupe, qui va monter jusqu’à 7 personnes, où on va passer par la Guadeloupe, par Cuba, par le funk, par le jazz. Ils ont invité notamment un grand pianiste antillais, qui est Mario Canonge, un pianiste cubain, qui s’appelle Rolando Luna, plus encore d’autres soufflants. Donc on va vraiment être sur une soirée autour du groove et de la fête. 
En première partie, on présente une poétesse, aja monet. Elle a sorti un deuxième album. Sa poésie est très engagée politiquement, mais en même temps, pas que, c’est-à-dire qu’elle s’inscrit aussi dans cette filiation de jazz. Elle a composé une chanson en hommage à Sly Stone, avec une musique assez influencée par le spiritual jazz, mais mâtinée de soul et de blues. Voilà, une soirée sous le signe du groove, mais aussi de l’engagement. 
Toujours collaboration, le 1er septembre, et toujours à la Cité de la musique, on présente un groupe international, qui réunit à la fois Émile Parisien, saxophoniste soprano, Yaron Herman, pianiste, Linda May Han Oh, une contrebassiste d’origine malaisienne installée aux États-Unis, et Prabhu Edouard, qui joue des tablas, qu’on a entendu l’an dernier, par exemple, dans le projet de Jeff Mills. Là, c’est une sorte de groupe un peu all-star, avec une musique originale très envoûtante, très singulière. En première partie, on accueille la saxophoniste d’origine chilienne, Melissa Aldana, qui est installée aux États-Unis. On est particulièrement heureux de l’accueillir, parce qu’elle devait venir l’année du Covid, où elle n’a pas pu venir. Et là, elle se produira avec un trio français, emmené par Levi Harvey. C’est un projet qu’on mène en collaboration avec l’Adami, toujours sur le principe d’une rencontre entre une jeune formation française, et une sorte de mentor. Ce trio s’est fédéré autour de Melissa Aldana. Le 4 septembre, nous accueillons à la Grande Halle Selah Sue, une chanteuse aux influences multiples, qui s’est fait connaître avec des choses décalquées du reggae, et qui évolue dans un registre pop. Selah Sue a sorti un nouvel album, avec une sorte de faux groupe, qui s’appelle The Gallands, qui réunit un père et son fils. Un père qui s’appelle Stéphane Galland, batteur, qui a évidemment appelé son fils Elvin, en hommage à Elvin Jones, j’imagine. Ce projet était un peu né par hasard, d’une rencontre en réponse à l’invitation d’un festival. L’album est magnifique, on est très heureux de les accueillir. 
En première partie, on présentera I Am Roze, qui est le projet d’une chanteuse soul originaire de la Louisiane, qui s’est fait remarquer parce qu’elle a fait un featuring avec Fred Again. Et après, dès que les gens l’ont vue en live, ils ont été sous le choc, et on l’a été tout autant. Donc on a trouvé ça intéressant de la présenter avec Selah Sue, pour qu’elle touche un large public. 
Le 5 septembre, Roberto Fonseca et Vincent Segal. Roberto Fonseca, c’est un pianiste cubain qui s’est fait connaître dans le Buena Vista Social Club, dont il avait repris un peu la direction musicale après le départ de la première génération. C’est un peu le renouveau de la musique cubaine, qui n’hésite pas à se confronter, à mélanger d’autres influences. Vincent Segal, violoncelliste français, maître du duo, je pense. Il développe ça depuis des années. C’est parti avec Cyril Atef, avec Bumcello, puis avec d’autres. Et leur dialogue, qui a fait l’objet d’un disque magnifique, méritait qu’on les accueille. C’est des musiciens que le public du festival connaît, mais on est très heureux de les accueillir. 
Dans la Grande Halle, en première partie, on présentera une jeune formation, issue du conservatoire, qui s’appelle Hypnagogic Drift. Le festival, ce sera aussi l’occasion de découvrir la nouvelle génération de musiciens, et redécouvrir les pépites de la scène outre-Manche jazz. Le 3 septembre, à la Cité de la musique, on découvrira en double plateau, le groupe corto.alto, un jeune groupe originaire de Glasgow, mené par le compositeur et multi-instrumentiste Liam Shortall. Ce sera en format quintet à la Cité de la musique, et le jazz de corto.alto emprunte aux sonorités hip-hop, au broken beat anglais, tout en incorporant des sonorités électroniques. On retrouvera le groupe Mammal Hands, qui est un trio de jazz britannique aux influences électroniques. Leur musique est captivante, profonde, très cinématique. Et ils présenteront leur dernier album, paru en 2025. On est très heureux de les accueillir sur la scène de Jazz à la Villette. Enfin, rendez-vous le 6 septembre en Grande Halle de la Villette, pour la clôture, en compagnie d’un groupe qu’on connaît bien : Kokoroko. Ils reviendront proposer leur nouveau projet. Le groupe revient à la Villette et emplira la Grande Halle de sa vibe soul, positive, avec des accents d’afrobeat. En ouverture de soirée, rendez-vous avec Venna, musicien saxophoniste et compositeur, qui a publié en 2025 un album très remarqué, Malik, où on entend différentes voix de la scène R&B soul contemporaine, dont Jorja Smith, Leon Thomas ou encore MIKE. Venna, c’est aussi un collaborateur du batteur Yussef Dayes. Il se produira sur la scène de Jazz à la Villette, en ouverture du concert de Kokoroko le 6 septembre. Et en parallèle de cette programmation, comme chaque année, on présente un festival dans le festival, qui s’appelle Under The Radar, qu’on déploie avec des lieux partenaires : La Dynamo de Banlieues Bleues à Pantin, le studio de l’Ermitage et l’Atelier du Plateau à Paris dans le 20e. L’idée, c’est de proposer en complément du festival, une ouverture sur la scène française, parfois un peu plus expérimentale, plus pointue, mais surtout assez inclassable. La programmation sera dévoilée à partir de début juin, de même que celle que nous développons pour les familles, "Jazz à la Villette for Kids". Chaque week-end, on présente des propositions pour les familles.
Et le festival ne serait pas véritablement un festival s’il n’y avait pas des Afters, qui seront annoncés dans le courant de l’été par la Petite Halle.
 

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